Bénéfice TotalEnergies : 4,96 Mds€, débat sur la taxe superprofits
TotalEnergies a annoncé une hausse de 51 % de son bénéfice au premier trimestre, à 4,96 milliards d'euros, portée par la flambée des prix de l'énergie dans le contexte de la guerre américano-israélienne contre l'Iran. Les partis politiques français de tous bords ont relancé les appels à une taxe sur les « superprofits » : les formations de gauche (LFI, Socialistes, Communistes, Verts) ont formulé cette exigence de manière explicite ; le centre et Les Républicains l'ont évoquée de façon plus conditionnelle.
Le lead de la semaine politique française a été un résultat d'entreprise. TotalEnergies a annoncé une hausse de 51 % de son bénéfice au premier trimestre, à 4,96 milliards d'euros, portée par la flambée des prix de l'énergie dans le contexte du conflit au Moyen-Orient. En quelques heures, les partis politiques français de tous bords ont relancé les appels à une taxe sur les « superprofits » de l'entreprise — La France Insoumise, le Parti socialiste, les Communistes et les Verts ont publié des déclarations directes ; des figures du centre (Renaissance) et des Républicains (LR) ont évoqué la question de manière plus conditionnelle. Ce résultat est le plus élevé que l'entreprise ait enregistré pour un premier trimestre depuis le cycle pétrolier post-invasion de la Russie en 2022 ; le même jour, les indicateurs économiques de l'OCDE montraient une baisse du revenu réel disponible des ménages français pour le deuxième trimestre consécutif, renforçant la revendication politique redistributive. Les briefings de Bercy aux médias français indiquaient que le ministre de l'Économie, Éric Lombard, préparait une position officielle, avec l'hypothèse de travail que tout mécanisme de taxation exceptionnelle devrait être coordonné au niveau européen pour être efficace et éviter un risque unilatéral de fuite des capitaux.
Le cadre fiscal européen a évolué le même jour. La lettre conjointe de l'Autriche, de l'Allemagne, de l'Italie, du Portugal et de l'Espagne adressée la veille au commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, appelant à une taxe européenne sur les superprofits des compagnies pétrolières et gazières profitant de la flambée des prix due à la guerre en Iran, a placé la France au sein d'un lobby continental émergent en faveur de la redistribution. La Banque centrale européenne a maintenu son taux directeur à 2 % dans un contexte de stagflation ; le brut Brent a atteint 126 dollars le baril en séance après le rejet par Trump de la proposition de paix iranienne et l'annonce par les États-Unis de la coalition « Maritime Freedom Construct » pour rétablir le transit par Ormuz. La combinaison — un brut durablement élevé, une demande politique européenne coordonnée en faveur de la redistribution, et un géant français coté en Bourse annonçant des bénéfices records — a fait passer le débat de longue date sur la taxe sur les superprofits de TotalEnergies du stade spéculatif à celui d'une délibération concrète.
Les manifestations du 1er mai ont eu lieu dans les villes françaises. Leur ampleur était moindre qu'à Istanbul (où la police turque a tiré des gaz lacrymogènes et arrêté près de 400 personnes dans le même cycle d'actualité) mais plus importante que lors des deux précédents 1er mai en France, avec des rassemblements à Paris, Marseille, Lyon, Lille et Toulouse explicitement axés sur le choc énergétique lié à la guerre en Iran et sur la revendication d'une taxe sur les superprofits. La CGT, FO et la CFDT ont toutes publié des déclarations alignées ; la lecture politique plus large était que l'inflexion des coûts de l'énergie avait uni une gauche française autrement fragmentée autour d'une seule revendication politique.
La posture d'évacuation au Sahel et le dossier consulaire malgache se sont poursuivis depuis le début de la semaine. La France a maintenu son appel à ses ressortissants pour qu'ils quittent le Mali après l'offensive touarègue-JNIM qui a capturé Kidal et tué le ministre de la Défense Sadio Camara ; le registre d'évacuation du Quai d'Orsay est resté axé sur la protection des civils, compte tenu des limites diplomatiques post-Barkhane. Les procureurs malgaches avaient inculpé la veille un ancien militaire français pour association de malfaiteurs et complot en vue de saboter des lignes électriques et des centrales thermiques dans le cadre d'un présumé complot de déstabilisation du 18 avril ; les pistes consulaires et de coordination du renseignement ont continué à se développer.
L'interception israélienne de la flottille Global Sumud — mercredi soir dans les eaux internationales au large de la Crète, avec 15 ressortissants français arrêtés, dont la conseillère de Paris Raphaëlle Primet — a atterri à l'ordre du jour de l'Élysée vendredi. Le cabinet du ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a indiqué aux médias que la protection consulaire était la priorité et que Paris se coordonnait avec Madrid (qui avait lancé un appel parallèle au retour) et Ankara pour un engagement diplomatique avec Tel-Aviv. La mort d'au moins 28 personnes dans le sud du Liban jeudi lors d'une opération militaire israélienne — le bilan le plus lourd en une seule journée depuis le cessez-le-feu du 16 avril — a donné au dossier une dimension européenne plus large ; les diplomates français ont soulevé la question d'une coordination au niveau de l'UE lors de la même réunion des ministres du numérique à Nicosie, où la France et l'Espagne ont proposé de réserver le spectre satellite à 2 GHz pour les entreprises européennes.
Dans le reste du pays, les autres éléments marquants de la journée :
- L'avertissement de l'Atlantic Council sur les stocks de Patriot a continué de se répercuter sur les achats européens de défense aérienne ; des sources du ministère français de la Défense ont publiquement présenté la chaîne d'approvisionnement SAMP-T (Mamba) comme la principale couverture européenne contre la réallocation des intercepteurs due à la guerre entre les États-Unis et l'Iran. - La Twingo électrique de Renault — conçue en 21 mois au centre ACDC de Shanghai, désormais produite en Slovénie à moins de 20 000 euros — a continué d'alimenter les commentaires de la presse française sur le virage du secteur automobile vers la Chine ; le cadrage était un signal mitigé de compétitivité industrielle et de dérive du centre de gravité de l'innovation. - L'enquête liée à l'affaire Pelicot sur le site Coco est entrée dans son deuxième jour avec de nouveaux détails techniques sur la réapparition de la plateforme ; des responsables du ministère français de la Justice ont informé des journalistes de la coordination européenne en matière de cybercriminalité. - Le vote de la veille au Parlement européen (446 voix pour, 63 contre) en faveur d'un tribunal spécial pour poursuivre les dirigeants russes pour crime d'agression contre l'Ukraine est resté le point d'ancrage de la position française sur la politique ukrainienne ; Paris a interprété ce vote comme différenciant la ligne française du cadrage des compromis territoriaux de Merz à Marsberg plus tôt dans la semaine. - Les briefings de l'AIEA de la même semaine sur la localisation de l'uranium iranien (environ 440 livres à Ispahan) et sur l'ouverture de la Russie à son retrait ont continué de définir le contexte diplomatique de toute initiative française au sein de l'E3 (Royaume-Uni-Allemagne-France) pour la prochaine phase des négociations sur l'Iran.